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Vale Perkins

Le hameau de Vale Perkins se situe dans la vallée au centre-est du canton de Potton, en bordure du lac Memphrémagog. Ce val s’étend du mont Owl’s Head jusqu’à Knowlton Landing. Composé de collines, cet endroit était connu des Abénaquis. Un sentier leur permettait de portager leurs canots du lac Memphrémagog jusqu’à la rivière Missisquoi-Nord, à la hauteur de Mansonville et de là, jusqu’au lac Champlain.

D’abord connu sous le nom d’East Potton à cause de sa situation géographique, le hameau adopte ensuite le nom d’Herbert en 1867, puis celui de Vale Perkins en 1880, en l’honneur de la famille Perkins. Pourquoi Herbert durant ces treize ans? Les recherches pour expliquer cette dénomination se sont révélées infructueuses.

Les pionniers

Nicholas Austin, né en Angleterre en 1736, quitte Sumersworth au New Hampshire et, en 1793, défriche les rives du lac Memphrémagog, à la hauteur du quai de Vale Perkins. Mais, s’étant trompé sur l’emplacement accordé par le gouvernement britannique, il quitte les lieux et s’établit à la Pointe Gibraltar, dans la baie connue sous le nom d’Austin.

Samuel Perkins décide, en 1795, de s’installer sur le lot défriché par Nicholas Austin. Il est le fils de Peter Perkins, arrivé à Potton en 1793 et établi dans le secteur West Hill. Samuel traverse la forêt, parcourant plus de douze kilomètres, avec ses fils Cyrus, John et Ebenezer. C’est Cyrus qui hérite de la terre et la transmet à son fils David, qui y vit jusqu’à l’âge de 92 ans. Le fils de ce dernier, William Cyrus, prend la relève et devient maire de Potton en 1856

Le quai de Vale Perkins vers 1910

Alan est le dernier descendant de la famille qui vit toujours à Vale Perkins. Son père Dave Perkins avait fondé, avec sa seconde épouse, Doris Perkins, la Boulangerie Perkins sur l’emplacement de la maison bâtie par l’ancêtre Samuel. Ce commerce a fermé ses portes en 2004. Les racines connues de la famille Perkins remontent jusqu’en l’an 937, en Angleterre. Le manoir Ufton Court leur avait été donné par le roi Richard II, aux environs de 1385. La dénomination d’un chemin rappelle cette ascendance.

La famille Perkins est aussi liée à la fondation de l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, de Cowansville. Edward Calvin Perkins naît à Potton en 1858. Devenu propriétaire d’un magasin général à Mansonville en 1892, il quitte la région en 1897 pour Montréal, où il acquiert les hôtels Webster et Russell, rue Saint-Jacques. Il meurt en 1918 et destine, par testament, la moitié de ses actifs à la fondation d’un hôpital dans le comté de Brome. En 1931, l'Hôpital Perkins et l'Hôpital général de Bedford fusionnent, créant ainsi l'Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins

Le patrimoine bâti

Vale Perkins devient, dans les années 1860, un hameau autonome avec église, école, magasin général, bureau de poste, fromagerie, moulins à scie et forge. Deux bâtiments témoignent encore de cette époque. D’abord, au coin des chemins Peabody et du Lac, l’école Jones no 12, construite en 1865. L’édifice, vendu en 1949 à l’Église unie, devient une chapelle. L’église, ouverte en permanence jusqu’en 1964, cesse alors ses activités. À la demande des citoyens de Vale Perkins et grâce à leurs efforts de rénovation, l’église redevient active durant la saison estivale de 1982 à 2006. Elle est vendue en 2010 et transformée en maison privée

Jewett General Store

Le magasin général Jewett est le second édifice patrimonial riche en histoire de Vale Perkins. Jalousement conservée par les trois sœurs Jewett, Carolyne, Jane et Sandra, cette épicerie est un joyau patrimonial de Potton. Une visite s’impose! À l’extérieur, le bâtiment mansardé de style Second empire est magnifique, avec en arrière-plan les monts Éléphant et Sugar Loaf du côté nord et Owl’s Head du côté sud. À l’intérieur, nous retrouvons l’ambiance chaleureuse des années 1840, date de sa construction par C.H. Gordon : une imposante glacière d’époque, un choix de fromages qui rappelle les fromageries avoisinantes aujourd’hui disparues et, surtout, un accueil où l’art de la conversation est précieusement conservé. Ce magasin est successivement administré par C.H. Gordon, J.M. Alex, Rob et Mamie Magoon, Morrison, Armand Brière, George Urban Jewett et maintenant les filles de ce dernier.

La famille Jewett avait quitté Rowley, au Massachusetts, pour s’installer à Potton vers 1869. Frédérick Archibald Jewett, père de Georges Urban, est reconnu dans les années 1930 pour son dévouement envers sa communauté. Conseiller municipal durant 25 ans, il est maire de Potton de 1942 à 1944

L’agriculture

Vale Perkins se développe rapidement grâce à des terres relativement fertiles. Dès 1827, les cultures sont variées : avoine, blé, maïs, orge, patates, pois, sarrasin, seigle. Le sirop d’érable fait l’objet d’une bonne production et les érablières sont toujours exploitées, entre autres par Conrad et Bill Jewett. Les fermiers élèvent des cochons, des moutons, des bœufs, des vaches laitières. Les chevaux sont alors essentiels aux travaux des champs et aux déplacements.

Fromagerie, industrie du bois et villégiature

La fromagerie de Joe Labelle, marié à l’institutrice Kate Magoon, était située au coin des chemins du Lac et Vale Perkins. Le deuxième étage de ce commerce autrefois prospère et maintenant disparu servait de salle communautaire, d’église, d’école et de salle de danse. La maison ancestrale des Magoon est toutefois toujours en place.

Vale Perkins sert aussi de lieu de transit pour le bois exporté vers Newport, au Vermont. Empilés sur les berges du quai de Vale Perkins, les billots sont assemblés en radeaux, nommés aussi cages en français ou cribs en anglais, et flottés jusqu’aux États-Unis.

Le temps des sucres

Sources

  • Bertrand, Jean-Louis. Répertoire toponymique de Potton, Asso­ciation du patrimoine de Potton, 2009.
  • Leduc, Gérard et Peter Downman. Vale Perkins, Association du patrimoine de Potton, 2002.
  • Taylor, Ernest M. History of Brome County, volume 1, John Lovell & Son, Montréal, 1908.
  • Site Internet : http://www.angelfire.com/mi4/polcrt/Perkins. html

Équipe de production

Rédaction française et recherche: Jean-Louis Bertrand
Rédaction anglaise et recherche: Sandra Jewett
Révision: Jacqueline Robitaille
Édition originale © 2011
Édition Web: Serge Normand, 2024